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L’aspect comportemental : Comment nous mangeons

Le Dr Corinne Chicheportiche-Ayache, Médecin Nutritionniste à Paris 16ème, présente l'aspect comportemental dans l'alimentation, élément incontournable de la prise en charge du contrôle du poids

Prise en charge Diététique Minceur : L'aspect comportemental

L’alimentation  répond à 3 fonctions principales :

  • Nutritionnelle afin de subvenir aux besoins physiologiques et énergétiques de notre organisme
  • Hédonique (le plaisir de manger)
  • Socio-Culturelle

Notre alimentation met en jeu bien plus d’organes et de fonctions que nous l’imaginons …

  • Le système digestif en premier lieu avec l’estomac, l’intestin, le foie, le pancréas  mais aussi de nombreuses enzymes et hormones qui participent à une digestion optimale des nutriments  dont nous avons besoin
  • Nos sens sont éveillés par l’alimentation  et ils jouent un rôle important dans notre manière d’appréhender  les aliments avec lesquels nous sommes en contact : la vue, l’odorat sans oublier le goût…
  • Et enfin le cerveau ! Nous mangeons avant tout avec notre cerveau et notamment avec nos cognitions (nos pensées) mais aussi avec nos émotions c’est à dire  ce que nous ressentons

La prise alimentaire est bien rythmée et suit de façon physiologique les trois étapes suivantes :

  1. La phase qui précède le repas : C’est durant cette phase que les individus vont identifier, stocker et préparer les éléments du repas
  2. La phase d’ingestion, elle même structurée en 3 phases : l’initiation, la prise du repas et l’arrêt du repas.
  3. La phase post-ingestive qui durera jusqu’au prochain repas

Ces différentes phases sont orchestrées par des signaux et sensations qui nous sont transmis et doivent jalonner notre comportement alimentaire.

Quels sont ils ?

  • La faim : Elle correspond à un besoin physiologique pour l’organisme de trouver des aliments capables de fournir l’énergie et les nutriments indispensables au maintien des fonctions physiologiques de notre organisme. Elle se traduit par un sentiment de vacuité  gastrique. Elle est censée déclencher la préparation et la prise alimentaire
  • L’appétit : C’est l’envie de manger un aliment ou un type d’aliments défini et correspond à un moment  de plaisir gustatif  déjà vécu que l’on souhaite renouveler.
  • La satiété : C’est une sensation de plénitude gastrique, souvent accompagnée de satisfaction et de bien être. Elle correspond à l’état qui entraîne l’arrêt de l’alimentation et dure jusqu’au moment où la faim va réapparaître.
  • Le rassasiement : C’est la sensation d’établissement progressif de la satiété. C’est le fait d’obtenir progressivement une réduction de la faim avec une diminution des quantités d’aliments ingérées. C’est donc le rassasiement qui va permettre de contrôler les volumes. Il est obtenu en moyenne au bout de 20 Minutes.

Ces phases physiologiques dans l’organisation des prises alimentaires sont instinctivement mises en place par les nourrissons et les petits enfants à leur plus jeune âge. Ces derniers sont totalement connectés à leurs sensations alimentaires …Ils ne mangent pas si ils n’ont pas faim et s’arrêtent dés que la faim s’estompe  !!

En grandissant est ce la même chose ? Sommes nous réellement calés sur cette séquence alimentaire qui respecte au mieux nos états physiologiques et permet de répondre tout à fait à nos besoins nutritionnels ? Quel est notre comportement alimentaire actuel ? Trop souvent, nos cognitions (pensées) ont pris le pas sur nos sensations alimentaires. Nous pensons, réfléchissons, rationnalisons et intellectualisons notre alimentation. « Que manger ? » «  En quelle quantité ? »  « Est-ce que cet aliment est bon pour ce que j’ai ? » « Et celui la ? » « Untel a dit que … » « J’ai lu que … »  « Mon régime m’interdit... » « Mon régime me limite... » « Mon amie dit que je devrais … ». Sans oublier l’influence de notre éducation et de notre environnement socio-culturel qui impacte fortement notre relation à l’alimentation et contribue à l’organisation de nos pensées : « Tu dois faire attention »,    « Tu dois finir ton assiette » , « Tu ne sors pas de table tant que tu n’as pas finis ton repas » , les « Privations de dessert » etc … Nous sommes totalement conditionnés ...

Nous pensons ce que nous mangeons et ce que nous devons manger, inondés par l’ensemble des injonctions contradictoires reçues de notre environnement, les lois de la diététique absolue et les diktats de la minceur. Nous mangeons en « pilote automatique » sans ne plus être capables de se réconcilier avec ses propres émotions alimentaires. Or ce sont ces dernières qui vont êtres les porte-parole de ce dont l’organisme a besoin.

Qui, en suivant un régime hypocalorique restrictif, n ‘a pas été obsédé par ses pensées alimentaires? Ses peurs de manquer, d’avoir faim, de ne pas manger assez, de ne pas manger ce qu’il faut, de ne pas manger à la bonne heure, de ne pas avoir choisi les bons aliments ? D’avoir peur des tentations alimentaires  avec un risque d’isolement social voire socio-professionnel ? Le contrôle permanent absolu l’emporte sur les sensations alimentaires  avec ses dérives restrictives et fait peser une culpabilité très forte à chaque écart. Culpabilité qui peut être relayée par les proches avec une intention dont on ne peut douter de la bienveillance mais souvent sur le mode « Tu manques de volonté … ».Mais s’agit-il réellement de détermintion et uniquement de détermination pour tenir le coup dans une démarche alimentaire restrictive (choix des aliments et quantités) ? De nos jours, on comprend de mieux en mieux les mécanismes qui régulent les prises alimentaires et notamment les mécanismes hormonaux de plus en plus nombreux et terriblement complexes. Ainsi, à titre d’exemple,  on sait que la privation en glucides complexes ( les célèbres féculents longtemps diabolisés) entraîne un déficit en transport d’un acide aminé essentiel, le tryptophane, provoquant ainsi un déficit en sérotonine, une hormone impliquée dans notre régulation alimentaire en augmentant l’irritabilité, l’impulsivité et l’instabilité émotionnelle. …C’est donc terriblement réducteur de ne parler que de « bonne volonté », ce d’autant que l’on sait que l’écart alimentaire non assumé et prétendument attribué à de la mauvaise «  volonté » va être perçu comme un échec et entrainer une anxiété majeure pour laquelle l’alimentation aura souvent un rôle apaisant et réconfortant ... Mais entraînant de nouveau une culpabilité … un cercle vicieux infernal se met ainsi en place.  Un état alternant les phases de restriction et de compulsions  (craquages) risque de devenir le mode alimentaire devenant ainsi à la fois leure pire ennemie et leure meilleure amie par le réconfort fugace qu’elle apporte.

                                                               

Parallèlement à cette rationalisation  de notre alimentation, nous sommes aussi  soumis à une vie de plus en plus stressante et oppressante (moins de temps pour manger, perte de l’organisation des repas en famille à table, repas sautés, développement des habitudes de snacking et de grignotages) rendant encore  notre alimentation plus éloignée de  nos sensations alimentaires …Manger de façon totalement mécanique ainsi qu’on le fait devant la télé ou un écran en règle générale ( grignotages ) contribue aussi à nous éloigner de nos  émotions alimentaires tout comme manger « parce qu’il est l’heure de manger » …

Bien souvent, on ne distingue plus l’envie de manger de la faim réelle, laissant encore une fois la dimension automatique l’emporter …

 

Pour autant, est ce que cela veut dire que nous devons nous laisser submerger par nos sensations et nos envies sans jamais organiser nos prises alimentaires et de façon générale notre relation à l’alimentation ? Certainement pas …

Il convient de

  • Concevoir une alimentation équilibrée comme une hygiène de vie régulière telle qu'elle aurait du être idéalement établie depuis l’enfance
  • S'offrir la possibilité de craquer et céder à une envie  sans culpabiliser et développer une réaction anxiogène
  • Prendre le temps de manger pour sentir le rassasiement et redécouvrir le plaisir inhérent aux aliments ingérés
  • Etre capable de bien différencier la faim de l’envie
  • Etc ….

Tous ces points sont diagnostiqués en consultation avec la mise en œuvre de techniques et d’objectifs progressifs destinés à rétablir au mieux ces liens disparus avec nos sensations alimentaires pour un poids toujours mieux régulé.

 

Vidéo Comportement alimentaire

 

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